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Dealer de films

Alfred Hitchcock au travail

10 Septembre 2014, 18:16pm

Publié par Mathieu

Alfred Hitchcock au travail

Bill Krohn signe là un livre à thèse. Il s'atèle, et c'est une première, à la tâche d'ébranler la statue de commandeur que le grand Hitch (et bon nombre de critiques à sa suite) s'est érigée. Ce mythe, le prologue (significativement intitulé "Hitchcock cet inconnu") commence par le récapituler : c'est celui d'un homme "obsédé du contrôle, qui prévoyait minutieusement chaque plan de ses films et aimait à dire qu'une fois son découpage technique terminé, la réalisation elle-même l'ennuyait". Un homme qui déclarait à l'envi que les acteurs n'étaient que du "bétail", qui honnissait l'improvisation et ne jurait que par les storyboards : un anti-Renoir. Cette image par trop figée a fini par projeter une ombre menaçante et si beaucoup de réalisateurs actuels disent admirer les films d'Hitchcock, tous se défendent d'avoir recours à sa prétendue "méthode".


Loin des postulations théoriques fréquentes en matière de réflexion cinématographique, B. Krohn s'est lancé dans un véritable travail d'historien du cinéma, se plongeant dans les archives personnelles du réalisateur : rapports de production, rapports-caméra, plans de travail, budget, mémos, télégrammes, lettres, traitements et versions des scénarios, croquis, storyboards, rapports de repérages et photos, notes aux monteurs et aux compositeurs, etc… Ces documents confrontés aux souvenirs des collaborateurs d'Hitchcock, fournissent une matière première d'une grande richesse et font de ce livre une plongée fascinante dans l'univers de la création où s'affrontent maîtrise et chaos, prévision et improvisation.


B. Krohn s'attache plus précisément à 6 des postulats du mythe qu’il démonte successivement :
- La transformation du scénario en « pellicule » comme activité "nécessaire mais ennuyeuse, et jamais créatrice"
- "Tout est dans le découpage technique, même les angles de prise de vue"
- "Chaque angle, chaque mouvement de caméra a été prévu dans les storyboard"
- "Aucune place n'était laissée à l'improvisation"
- "Chaque film d'Hitchcock est engendré par une forme spécifique qui apparaît souvent au générique"
- "Hitchcock ne filmait qu'en studio afin de contrôler le moindre détail et de créer une vison stylisée du monde"


Krohn ne prétend pas imposer une théorie globalisante sur Hitchcock, mais jeter un éclairage sur la fabrication de ses films, sur la fabrication de tout film en tant qu’elle consiste avant tout en un processus. Cette démarche réjouira les fanatiques d’Hitchcock (qui apprendront mille détails sur leurs films favoris) comme elle devrait intéresser tout amateur de cinéma désireux d’en connaître les arcanes. Conformément à son ambition d’explorateur méthodique du cinéma hitchcockien plutôt que de théoricien Krohn progresse chronologiquement, s’attachant plus longuement à dix films « phares » : Cinquième colonne, L’ombre d’un doute, Les enchaînés, L’inconnu du Nord-Express, Fenêtre sur cour, L’homme qui en savait trop, Sueurs froides, La mort au trousses, Psychose et Les Oiseaux. L’ouvrage est d’une très grande richesse iconographique qui mêle photos, dessins et storyboards.Un sommaire et un index font cependant cruellement défaut pour se retrouver dans cette somme aussi foisonnante que passionnante.

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