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Dealer de films

24 h de la vie d'une femme de Laurent Bouhnik

16 Juin 2014, 18:06pm

Publié par Mathieu

24 h de la vie d'une femme de Laurent Bouhnik

Généralement lorsqu’un cinéaste décide de porter à l’écran un grand texte littéraire il en revendique la modernité, sa capacité à parler à notre époque. Parfois même le scénariste audacieux va jusqu’à transposer, oubliant souvent au passage que la modernité d’un texte se joue par rapport à l’époque à laquelle il est écrit.


Laurent Bouhnik et son scénariste s’essaient ici à une expérience intermédiaire sur une très belle nouvelle de Stephan Zweig malencontreusement transformée en cobaye. 24 heures de la vie d’une femme, la nouvelle, repose sur le récit fait à un jeune homme par une femme mûre des 24 heures les plus intenses de son existence, 20 ans auparavant. Le spectateur de cinéma étant apparemment moins apte à l’empathie que le lecteur moyen, le scénariste a cru bon d’ajouter une seconde strate narrative et une troisième couche temporelle, pour tirer le récit jusqu’à nous : le jeune homme devenu vieux (et aigri, imaginez Michel Serrault dans le rôle et vous en aurez saisi tout l’aspect caricatural) raconte ce qui lui a été raconté à une très jeune femme elle-même follement amoureuse (et affligée d’une étonnante propension à retirer ses vêtements : il faut bien compenser les robes très boutonnées début de siècle).


Autre trahison du texte et fausse bonne idée d’adaptation « moderniste », Bouhnik considère que si Zweig n’a pas décrit la nuit d’amour passionnée entre l’héroïne et son amant, c’est parce que la censure ne le lui permettait pas ; il se fait donc un devoir de combler copieusement cette ellipse. Cette volonté de « remplissage » est loin d’être anecdotique : le parti pris de la monstration, de l’illustration gangrène tout le film. Ainsi le réalisateur ne parvient-il pas à échapper à sa voix-off et la caméra, en esclave docile du texte littéraire, montre des mains quand la voix dit « mains », une chaise qui tombe une seconde après que cela nous ait été annoncé, sans oser pour autant systématiser le procédé.


Le livre d’images ainsi obtenu est un objet très joliment enluminé, surtout pour la partie la plus reculée dans le temps. En effet pour être bien sûr de ne perdre personne en route, chaque période, chaque histoire, est affublée d’un code décor-éclairage spécifique. La folle passion de la « femme » pour un joueur obsessionnel est immortalisée dans des décors très théâtraux d’inspiration baroque et des lumières chaudes. L’époque de la première transmission du récit (l’entre deux guerres) est inondée d’une lumière blanche qui renforce l’impression de chromo ; les personnages constamment figés en tableaux y posent consciencieusement pour l’éternité. Enfin, et cela va de mal en pis, l’époque contemporaine ressemble en tous points à un film publicitaire.


Bouhnik et son scénariste nous offrent ainsi un film pour une époque à l’esthétique grossière remplie de nymphettes aguicheuses, où le sexe ne serait conçu que montré et les histoires comprises que simplifiées et explicitées. Ne nous laissons pas embobiner.

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